Votre libération sexuelle est notre mise à mort

9 décembre 2014

Par Rebecca Mott, une femme ayant un vécu en lien avec la prostitution

Je suis toujours étonnée, et profondément attristée, par la façon dont la gauche sous tutelle masculine lutte pour les droits de l’homme et pour une libération de l’emprise du capitalisme – mais conserve ses œillères face à l’industrie du sexe.

Mais pourquoi m’étonner quand c’est la gauche qui nous a donné le magazine de porno hard Hustler, la gauche qui nous dit que le porno est libérateur et marrant, la gauche qui milite pour que la prostitution soit définie comme un « travail sexuel », la gauche qui prétend que la prostitution est « suffisamment » sécuritaire si elle a lieu derrière des portes closes, la gauche qui bâillonne les femmes sorties de la prostitution, et la gauche qui ment en appelant l’abolition une « prohibition » et une sorte de croisade morale plutôt qu’un mouvement politique radical.

Je pourrais en dire beaucoup plus sur la façon dont la gauche se joint au lobby de l’industrie du sexe pour tenter de faire échec au mouvement abolitionniste.

La méthode de blocage la plus classique consiste à prétendre que nous devons accueillir l’industrie du sexe au nom de la Liberté de parole.

Cette prétention est insensée, surtout quand il apparaît clairement que les seules personnes à qui la gauche accorde cette Liberté de parole sont celles qui tirent profit du statu quo de l’industrie du sexe.

En somme, la gauche se range du côté de l’oppresseur, du côté du pire système capitaliste jamais vu.

On voit des gens prétendre que les images pornographiques ne devraient jamais être interdites, et ce au nom de la religion gauchiste qu’est la Libre parole.

C’est encore un non-sens, puisque les images ne sont pas des mots, et donc pas une parole.

Ce concept ne fonctionne que si le spectateur ou le producteur de porno refuse obstinément de reconnaître que des personnes réelles y subissent des préjudices réels.

La gauche fabrique de toutes pièces une propagande de haine pour affirmer que les femmes que présente cette industrie (en majorité) ne sont pas vraiment des êtres humains, ou que la soi-disant sexualité illustrée est tout simplement factice.

Cette prétention c’est du vent, surtout dans le cas de la forme la plus courante du porno : la pornographie affichée gratuitement sur Internet.

Les consommateurs de porno veulent du vrai sexe, ils veulent de la vraie douleur, ils veulent de la vraie dégradation : ils veulent du porno qui broie les femmes dans la boue.

Les consommateurs de porno ne vont pas acheter ou consommer de la pornographie dont ils voient le caractère factice : le faux porno n’est pas rentable.

Pourtant, la gauche continue à tenir ce discours sur la pornographie : ce sont des femmes artificielles, ce n’est que du jeu, du sexe caricatural, qui ne fait de mal à personne.

La gauche veut consommer du porno, mais sans la culpabilité de savoir qu’il s’agit de vraies tortures, des vraies maladies sexuelles, de vrais suicides, de vrais viols et de vrais meurtres – le nerf de la guerre de ce que les gauchistes aiment regarder.

Il n’y a pas de Liberté d’expression pour les femmes à l’intérieur du porno : seulement des pénis qu’on leur enfonce dans la gorge et qui étouffent toute expression ou droit d’être considérées comme des êtres humains.

La gauche définit la prostitution comme une libération sexuelle et la Putain comme la rebelle modèle.

La gauche fait de la Putain une déesse, tout en prétendant haïr toutes les religions.

La gauche appelle les prostituées des hors-la-loi sexuelles, sans demander comment nous nous appelons ou même si nous avons le droit d’avoir une voix qui échappe à leur parasitage.

Car la gauche interrompt les femmes prostituées, s’approprie la voix des femmes prostituées, leur tient un discours paternaliste – sans jamais leur donner l’espace et le temps de parler en leurs propres mots.

La gauche masculine veut posséder la classe prostituée, s’en saisir et ensuite l’utiliser – comme le ferait importe quel autre profiteur / prostitueur.

On le constate à voir la gauche réclamer que la prostitution soit redéfinie comme travail sexuel et déplacée à l’intérieur – avec des syndicats, avec la « réduction des méfaits » et avec tous les autres stratagèmes qui permettent à la gauche de contrôler les prostituées et de parler à leur place.

Il n’y a aucune aspiration à la liberté pour les femmes prostituées, aucune place où faire entendre leurs voix – ce n’est pas la libération, ce n’est qu’une prison.

Mais pourquoi la Gauche sous tutelle masculine aiderait-elle ou même écouterait-elle la classe prostituée quand elle peut créer ses propres systèmes de prostitution – et parler d’éthique et de liberté de choix pour la classe prostituée, l’utopie devant laquelle se branlent les hommes de gauche.

Car dans ce fantasme, les problèmes se limitent aux prostitueurs et aux profiteurs de droite, qui causent violence et dégradation – et l’héroïque Gauche est là pour protéger les femmes prostituées.

C’est un fantasme qui est en train de tuer la classe prostituée chaque heure de chaque jour, presque partout au monde.

Car ces rêves gauchistes ont nourri le marché du tourisme sexuel, ils sous-tendent la législation du commerce du sexe en Allemagne où aucune loi n’interdit la violence et la haine, ils sous-tendent la distinction entre la traite et la prostitution pour cacher la majorité de la violence.

La gauche compte des prostitueurs, la gauche compte des patrons de prostitution, la gauche produit de la pornographie, la gauche crée la majorité de la propagande qui présente l’industrie du sexe comme du simple plaisir entre adultes.

Rappelez-vous que Larry Flynt aime à dire qu’il est un héros de gauche, en donnant du porno aux hommes de la classe ouvrière, en luttant pour la Liberté de parole.

Son étiquette de héros dissimule le racisme, la haine des femmes et l’encouragement du viol d’enfants, dans une sorte de combat pour la liberté et la libération sexuelle.

C’est son discours qui alimente toute la gauche quand elle affirme qu’appuyer l’industrie du sexe équivaut à construire une route vers la libération sexuelle.

Cette route est faite de la terreur, des corps violés, du traumatisme qui n’obtiendra jamais entièrement justice, des tortures qui sont transposées dans nos rêves et dans chaque cellule de chaque corps prostitué.

Si vous empruntez cette route sans entendre nos cris, notre chagrin ravageur et notre fureur dont vous censurez toute rumeur, alors vous n’êtes en rien des combattants libertaires et n’avez aucune compréhension de la libération véritable.

Au contraire, vous êtes imprégnés de sang et dénués de la moindre émotion humaine.

Version originale : http://rebeccamott.net/2014/12/09/your-sexual-liberation-is-our-death/

Rebecca Mott, 2014.

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