Violences conjugales

Journal d’une femme en reconstruction

Je suis partie de la maison il y a de cela deux semaines. J’ai quitté définitivement l’homme avec qui j’ai vécu durant 25 années. Ensemble on a eu un seul enfant, elle 23 ans.

Cette aventure commence avec une conversation sur la ligne d’écoute à SOS violence conjugale. Elles ont reconnu ma détresse et, à ma demande, elles m’ont mis en communication avec une première maison d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale. Dans cette maison j’ai été accueillie et rapidement j’y ai fais ma place. Trois jours plus tard, j’ai rappelé  SOS violence conjugale pour demandé s’il y avait de la disponibilité dans une autre maison afin de me rapprocher de ma fille et faciliter les nombreuses démarches que je devais entreprendre.

Depuis ma fuite ou mon départ, car il s’agit de la même chose. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour reprendre le contrôle de ma vie et de mes affaires.

Je vis avec d’autres femmes seules, ou avec enfants. On peut dire qu’il s’agit d’une communauté de femmes fragilisées, blessées, voire-même démolies.

C’est quand même un non-sens que ces femmes, qui sont les victimes, perdent presque tout, et se retrouvent hors de chez elle.

Souvent, elles doivent aussi se battre pour la garde des enfants, se cacher en attendant qu’on arrête l’agresseur s’il y a lieu, contacter de l’aide pour se rebâtir financièrement…

Et, ultimement, y ayant pensé moi-même, porté plainte à la police, contre l’agresseur. Quand on en est rendu là, c’est que le système nous y pousse indirectement, et qu’il n’arrive pas à gérer cette crise en faveur des femmes victimes. Pour ma part, je ne l’ai pas fait : 1) Parce que la violence était économique et psychologique, et qu’on m’avait fait comprendre, que les compressions budgétaires gouvernementales allaient favoriser davantage les femmes victimes de violences physiques; 2) Je ne voulais pas nuire à la réputation de mon ex; 3) Je ne voulais pas le provoquer et ainsi réduire mes chances d’obtenir un règlement en ma faveur.

Par conséquent, en tant que victime, il faut continuer de vivre avec la peur de croiser l’agresseur, même s’il est tenu à l’écart. On voit sa voiture partout, on change ses habitudes, la maison que l’on habitait n’est plus accessible…

J’ai même fait un rêve où je pouvais identifier tous les visages des gens dans la pièce sauf le sien! Allo! Thérapie et interprétation des rêves!?!

Mais, pas question de jouer dans ma tête, tant que je n’aurai pas de revenus et un endroit stable pour poser mes valises.

Si, j’ai finalement pris la fuite face à une situation qui était devenue invivable; je l’ai fais pour briser à jamais le cycle infernal de la violence et de la manipulation.

 

Mon expérience a duré 25 ans avec un homme que j’avais choisi en pensant qu’il était différent de mon père qui lui aussi, était un homme violent.

Avec mon père, la violence était physique, psychologique et économique.

Avec mon ex, elle était psychologique et économique.

Dans toutes les formes de violence il y sans doute des dénominateurs communs. Dans mon cas, parce que je l’avais connue depuis ma naissance, mes pistes étaient sans aucun doute brouillées pour détecter ce qui était correct ou pas correct dans une relation.

Par conséquent, j’étais plus vulnérable et plus sujette à vivre de la violence à nouveau. Et ce, jusqu’à ce que j’en prenne conscience et que je décide d’y mettre un terme pour de bon.

Car, je ne veux plus vivre sans être constamment sous le contrôle ou la menace d’un homme.

Être enfin libre.

Personne n’est vraiment libre, il y a toujours des choix à faire en fonction des circonstances de la vie et des gens qui nous entoure.

Cependant, il n’est pas normal de se faire imposer constamment des choses, surtout par quelqu’un en qui on devrait avoir confiance.

Dans mon cas, ces deux personnes : mon père et mon ex, ont joué dans ma tête et dans mon corps.

Dans ma tête, parce que depuis que je l’ai quitté, j’ai des flashes back et des prises de conscience qui défilent sans arrêt.

Dans mon corps, parce que depuis que je l’ai quitté, j’ai mal au ventre, j’ai la larme à l’œil et le repos vient difficilement.

 

Bref, j’ai l’impression de vivre dans une maison hantée.

Il y a des portes que je n’ose pas encore ouvrir. Quand j’en ouvre une, je dois aussi ouvrir une fenêtre pour mieux respirer, car, moi qui n’ai jamais eue de problèmes anxieux, il m’arrive maintenant de manqué d’air.

«Normal», quand on se retrouve devant presque rien, dans l’incertitude et avec un passé chargé d’abus.

C’est un moment difficile à passer, qui va durer combien de temps, je me le demande?

Annoncer à mes amis, à ma famille et à mon entourage que je me sépare, c’est déjà difficile. Mais, quand il y a eu de la violence, je réalise que la honte et la culpabilité s’ajoute.

C’est un non sens d’avoir à porter le manteau de la honte, quand on l’a subie.

C’est ma fille de 23 ans qui m’a ouvert les yeux et confirmé ce que je vivais.

C’est grâce à elle que j’ai compris qu’en téléphonant à SOS violence conjugale, je pourrais obtenir de l’hébergement temporaire et des ressources pour m’en sortir.

Malheureusement, elle aussi été affectée par cette violence.

Et, c’est seulement maintenant que j’en prends pleinement conscience.

Elle a subi la prostitution et elle vit avec des problèmes de consommation.

Je n’avais rien vu venir.

C’est un peu comme si elle m’avait caché tout cela parce qu’elle savait que moi aussi j’étais sous emprise. Je ne dis pas que je n’ai aucune responsabilité par rapport à ce qu’elle a vécu et vit encore, et, que c’est uniquement la faute de son père.

 

Je dis simplement, que la violence touche la famille entière. En tant que mère, on ne peut pas prendre seule, tout les coups.

Donc, par ricochet ma fille a aussi été touchée.

Je me doutais qu’elle avait des préoccupations et des difficultés, mais jamais je n’aurais pu penser qu’ils étaient aussi importants.

Aussi, je regrette amèrement qu’elle ait été seule à les affronter.

Cependant, jamais je ne l’ai laissé tomber. J’ai toujours gardé un contact avec elle, même si son père avait décroché.

Combien de fois j’ai été la médiatrice entre son père et elle?

Combien de fois il m’a reproché d’être trop permissive avec ma fille et de tout lui pardonner?

Combien de fois m’a il reproché  de ne pas le tenir informé de mes conversations avec elle?

Combien de fois la colère et la frustration de mon ex a gâché de beaux moments dans ma vie?

Combien de fois…le cycle de la violence s’est-il répété avant que j’en prenne finalement conscience???

Dans les prochaines semaines je vais entreprendre une thérapie pour m’aider à analyser et comprendre les effets du passé et aussi pour me retrouver.

En attendant que ma situation se règle. Je suis dans une situation précaire.

Heureusement, j’ai des ami-e-s. Je ne serai pas seule à Noël.

Par rapport à la société en générale et parce que tout tourne autour de la consommation, je me sens débranché, surtout quand vient le fameux temps des fêtes.

Je ne juge pas les gens mais je me sens très loin des préoccupations d’ordre mercantiles.

Il y a des histoires moins drôles à raconter, mais elles font aussi partie de la vie.

Loin de moi l’idée d’être sombre. Mais, je dois avouer que présentement, même si des mains me sont tendues (je parle ici de mes ami-e-s), je ne veux pas accepter d’aide financière de leur part.

Oui, je vais prendre du recul et m’isoler un peu. Pourquoi cette réaction? Je ne sais pas! Je n’ai pas de réponse. Mais c’est ainsi, du moins pour le moment.

Avant de reconstruire une maison qui a été incendiée, peut-être faut-il laisser le temps aux cendres de se refroidir pour ne pas se brûler à nouveau?


Mon expérience dans deux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale

J’ai 53 ans et j’ai quitté mon ex après 25 ans de vie commune :

  • J’ai vécu un mois dans deux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale

Un lundi matin j’ai rempli ma voiture en me disant que je devais apporter ce qui était nécessaire : livres, vêtements, machine à coudre, produits d’hygiène personnelle, passeport, certificat de naissance et ordinateur.

Cette voiture qui, soi-dit en passant, appartenait à mon ex., contenait ce que j’avais décidé de garder après 25 ans de vie commune.

  • Plus tard, j’ai réalisé que ce que j’avais laissé à mon ancienne adresse, avait quand même pris place dans ma tête en plus des répercussions et des séquelles laissées par mon passé avec cet homme

Je me suis donc dirigé vers une première maison d’hébergement avec la peur et l’angoisse au ventre.

Elles allaient me coller-là, jour et nuit durant ce premier mois :

  • S’accrocher à son sac à main, parce que les quelques dollars que l’on possède sont importants
  • Vérifier quatre fois plutôt qu’une, si les portes de sa voiture ou de sa chambre sont bien barrées
  • Avoir peur de croiser son ex dans la rue
  • Annoncer cette nouvelle à l’entourage
  • Déployer énormément d’énergie afin de trouver des ressources
  • Mettre de côté sa peine, le traumatisme vécu, son orgueil…

Voici dans quel état j’étais en sonnant à la porte de deux ces maisons d’hébergement.

Les règles de vie dans les deux maisons étaient différentes.

Dans la première, le repas du souper devait être pris en commun et une femme différente par soir en avait la charge.

Souvent, les intervenantes prenaient ce repas avec nous.

Mais, jamais je ne l’es ai vus préparer à leur tour un repas collectif :

  • À mon avis ce que l’on exige des autres on doit d’abord le faire soi-même

Par conséquent les intervenantes auraient du aussi respecter cette règle, d’autant plus que les femmes qui sont hébergées sont souvent en situation de crise, donc, moins motivé à cuisiner un repas pour plusieurs personnes, retenons aussi qu’elles ne sont pas payer pour le faire.

Dans la deuxième maison, une fois par semaine, nous étions convoquées à une réunion pour :

  • faire un court bilan de la semaine
  • décider qui allait cuisiner à tour de rôle pour toute la maisonnée
  • distribuer les tâches d’entretien de la maison entre les femmes
  • Je pense que ces tâches aussi importantes soient elles, ne devraient pas être accomplies par les femmes pour l’ensemble de la maisonnée, mais pour elle-même, et ce dans leur propre chambre
  • Aussi, les sujets discutés en réunion devraient plutôt être amenés par les femmes elles-mêmes en fonction de leurs préoccupations et de leurs besoins immédiats

L’atmosphère de la maison aurait sans doute été meilleur et plus solidaire, car en situation de crise, les échanges sont à mon avis primordiales. En effet, j’ai constaté que les femmes partagent entres elles : leurs expériences et les ressources qu’elles découvrent pour mieux s’en sortir.

Dans cette deuxième maison d’hébergement, les femmes se partageaient donc l’entretien de aires communes et, il arrivait souvent qu’une une ou plusieurs d’entres elles n’accomplissent pas la tâche assignée.

Alors  les conséquences étaient directes pour l’ensemble des femmes car, l’état général de la maison s’en ressentait et aussi l’hygiène pouvait poser problème :

  • D’où la possibilité de propager des maladies contagieuses ou même un empoisonnement alimentaire parce que les plats communs pouvaient rester trop longtemps sur le comptoir de la cuisine sans être réfrigéré

Pour ma part, j’ai beaucoup souffert de cela :

  • J’ai fait ce que je devais faire, simplement pour avoir une «bonne note à mon dossier»

Je ne reproche absolument rien aux femmes qui ne participaient pas équitablement à l’entretien car je pense qu’elles avaient d’autres préoccupations ou responsabilités.

À cet égard, il faut mentionner que bien des femmes en maison d’hébergement ont un ou des enfants et, que plusieurs sont aussi enceintes :

  • Par ailleurs, j’ai remarqué que les intervenantes disposaient de bureaux propres et bien ordonnés
  • J’ai aussi constaté que si les femmes ne faisaient pas leurs tâches, certaines intervenantes devaient compenser et que cela les incommodaient

Toutefois, contrairement aux femmes, elles étaient rémunérées pour le faire

 

Droit à la tranquillité et à l’intimité

Certains enfants étaient perturbés, et la plupart du temps, je ne pouvais pas manger sans en avoir un qui s’approchait de moi, posait ses mains dans mon assiette ou me fixait du regard à chacune de mes bouchées.

Je n’en veux pas à ces enfants, loin de là.

Mais, à la longue, avoir accès à une salle à manger qui se transforme continuellement en salle de jeux, çà devient un irritant.

De plus, le soir, régulièrement jusqu’à 10 :30 il y avait du bruit et des cris.

Les échanges aves les autres femmes

Il n’était pas question que je m’apitoie sur mon sort, car il y en avait toujours une dont l’histoire était pire que la mienne :

  • J’ai crée des liens de courte durée en discutant simplement pour le plaisir ou en échangeant des informations et des expériences qui allaient m’aider à m’en sortir

La solidarité est présente mais les problèmes sont criants :

  • On aide les autres mais on doit aussi sauver sa peau
  • Par conséquent, il y a des limites au soutien que l’on peut apporter aux autres femmes

Le suivi des intervenantes

En ce qui me concerne, j’ai eu droit à quatre rencontres sur un mois d’hébergement :

  • Dont deux pour m’expliquer les formalités et les règlements de la maison

Au niveau du suivi personnel, les conseils que j’ai reçus, souvent, étaient incomplets, erronés voire même nuisibles :

  • Par exemple, quand j’ai mentionné qu’il y avait une banque à deux pas de la maison d’hébergement, on ne m’a pas déconseillé d’y aller. C’est en y réfléchissant que je me suis dit que ce ne serait pas sécuritaire d’y ouvrir un nouveau compte parce que je pourrais facilement être repéré par mon ex.
  • On m’a suggéré de faire une demande à l’aide sociale, sans me dire que pour y être admissible je devais posséder moins de $900,00 dans mon compte de banque. Par conséquent, j’ai été refusé une première fois, une deuxième fois, et je ferai bientôt une troisième demande

Comment se fait-il que des intervenantes d’expérience ne sont pas capables de nous aider à préparer un dossier complet afin d’obtenir l’aide de dernier recours (l’aide sociale)?

  • Et ce, afin de ne pas perdre un, deux et parfois trois mois de revenus
  • C’est sans compter le temps perdu à attendre, pendant que mon ex m’envoie des messages auxquels je ne pourrai répondre qu’après avoir consulté une avocate de l’aide juridique

Dans mon cas, sans aide sociale  je n’aurai pas droit à l’aide juridique :

  • Donc je ne sais pas comment je pourrai entreprendre un processus de séparation et ainsi récupérer la part des biens auxquels j’ai droit
  • Je devrai me trouver un emploi précaire, alors qu’avec l’aide sociale je pourrais compléter mes études à temps partiel et aussi me refaire une santé physique et mentale

Bref, dans mon cas, je me suis débrouillé seule. J’ai fais la plupart des démarches sans l’aide des intervenantes. Je n’ai pas chômé car au bout d’un mois j’avais trouvé un endroit pour vivre et non pas pour survivre. Mais, je dois débourser $300,00 par mois en loyer, me procurer le nécessaire pour cuisiner  et payer mon épicerie :

  • J’ai pris cette décision sans savoir si j’allais obtenir l’aide sociale pour payer tous ces frais. Je l’ai fait quand même pour ma santé car je devais la maintenir si je voulais me remettre sur pied et refaire ma vie

En résumé, j’ai été heureuse d’avoir un toit et de faire le saut en quittant mon ex., mais je dois constater qu’il y a de sérieuses  lacunes dans l’organisation des deux maisons d’hébergement que j’ai visité.

Ce que j’aurais souhaité avoir comme aide

  • J’aurais souhaité que les intervenantes ne parlent en ma présence de leurs prochains voyages, des réunions de famille à Noël, ou encore de leurs petits tracas quotidiens, pendant que moi : je réalisais que je venais de tout quitté après 25 ans; que j’étais sans le sous…loin de ma maison…devant un grand vide et, brisé par la violence conjugale

Je trouve que c’est un manque total de compassion et de professionnalisme

  • J’aurais souhaité que les intervenantes soient davantage à l’affut des procédures et des démarches importantes pour que je puisse reprendre plus rapidement ma vie en main

Car, avant d’analyser les séquelles de cette violence j’avais besoin avant tout d’une source de revenu et d’un toit convenable

  • J’avais aussi besoin de ne pas être regardé comme une victime ou une demi-femme :

Je suis une femme blessé oui, mais entière et forte

Je ne suis pas une bête de cirque

Je suis une battante qui veut avancer et se donner une deuxième chance

Une réflexion sur “Violences conjugales

  1. C’est un témoignage très touchant.
    Je voulais seulement informer que les informations concernant l’aide juridique sont erronées, il n’est pas nécessaire d’être sur l’aide sociale pour en bénéficier
    DÉTERMINATION DES REVENUS ET DES ACTIFS AUX FINS DE L’ADMISSIBILITÈ FINANCIÈRE À L’AIDE
    JURIDIQUE

    6. L’admissibilité financière à l’aide juridique est établie en considérant les revenus de l’année d’imposition qui précède celle de la date de la demande d’aide juridique. Toutefois, elle est établie en considérant les revenus estimés de l’année d’imposition au cours de laquelle la demande d’aide est présentée lorsque ces revenus sont de nature à affecter l’admissibilité financière du requérant ou à influer sur le montant de la contribution exigible de lui.
    L’admissibilité financière est établie en considérant également la valeur des actifs, incluant les biens et les liquidités, possédés à la date de la demande

    6.1. Sont considérés, aux fins de l’admissibilité financière, les revenus et les actifs du requérant et ceux de son conjoint.

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